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Frontières Meurtries: Quand l’impunité des Imbonerakure règne aux portes du Burundi

Quand l’impunité des Imbonerakure règne aux portes du Burundi ,une nouvelle étude intitulée « Frontières Meurtries », publiée par Tournons la Page Burundi, lève le voile sur la terreur qui sévit dans les provinces frontalières. L’analyse, menée par le Dr Alexis Manirakiza, documente comment les Imbonerakure imposent sa loi avec la complicité silencieuse, voire active, de l’appareil étatique , administratif et sécuritaire.

C’est un constat glaçant dressé aux confins du pays, là où le Burundi touche le Rwanda et la RDC.

En effet, depuis la crise de 2015, les anciennes provinces de Ngozi, Kirundo, Kayanza, Cibitoke, Bubanza et Bujumbura sont devenues le théâtre de violations systématiques des droits humains. Selon l’étude, ces exactions ne sont pas des faits isolés, mais le fruit d’une mécanique bien huilée ciblant spécifiquement les opposants politiques et les rapatriés surtout en provenance du Rwanda suite aux mauvaises relations diplomatiques entre le Burundi et le Rwanda.

Le rapport décrit un quotidien marqué par l’atteinte au droit à la vie, la torture et des restrictions drastiques de circulation. Les Imbonerakure agissent comme de véritables gardes-frontières parallèles, traquant toute personne soupçonnée de « collaboration transfrontalière ».
Ce qui frappe dans l’analyse du Dr Manirakiza, c’est le profilage des victimes : opposants réels ou supposés, et citoyens revenant d’exil sont systématiquement visés par des discours de haine avant de subir des violences physiques.

Ces crimes perdurent suite aux multiples facteurs. En effet, l’étude pointe du doigt une « collusion structurelle ». La police, l’armée et le Service National de Renseignement (SNR), loin de protéger les civils, s’interposent souvent pour faire libérer les miliciens imbonerakure lorsqu’ils sont appréhendés.

De plus,le système judiciaire, gangrené par le manque d’indépendance, brille par son inertie. Les enquêtes, une fois menées, sont classées sans suite, et les injonctions de l’exécutif bloquent toute tentative de justice. Même la Commission Nationale Indépendante des Droits de l’Homme (CNIDH) est épinglée pour son silence, ses rapports annuels tendant à minimiser ces violences politiques pour se concentrer sur des sujets moins sensibles.

Enfin, l’inquiétude grandit avec la mise en place récente de la Force de Réserve et d’Appui au Développement (FRAD). Intégrée à la Défense Nationale, cette structure est perçue par beaucoup comme une tentative de donner une façade légale aux opérations des Imbonerakure. Une manœuvre qui, selon le rapport, risquerait de sceller définitivement l’impunité dont ils bénéficient déjà.

Face à ce tableau sombre, Tournons la Page Burundi ne se contente pas de dénoncer. L’organisation appelle Bujumbura à rompre avec la « culture du déni » et exige l’arrêt immédiat des patrouilles nocturnes des jeunes du parti. Elle exhorte également la communauté internationale à conditionner sa coopération économique à des progrès réels en matière de droits humains.
Mais l’avertissement le plus fort s’adresse peut-être aux auteurs eux-mêmes. Comme le souligne le rapport en guise de conclusion, les Imbonerakure doivent réaliser qu’une fois la justice rétablie, leurs protecteurs d’aujourd’hui ne seront plus là, et ils devront répondre seuls de leurs actes devant l’histoire.

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